La sculpture dans la ville de Bukavu est confrontée à d’énormes défis : la commercialisation des œuvres sculptées localement tourne au ralenti suite au niveau de production qui baisse.
Entre fermeture et poursuite des activités de commercialisation des œuvres sculptées, un doute persiste en milieu des commerçants d’une part et des sculpteurs de ces œuvres d’autre part, qui voient la forte menace qui pèse sur leur art.
Face à la concurrence avec les œuvres sculptées importées, la sculpture au niveau local semblait se battre pour se tailler la place et pérenniser les acquis de la culture locale en misant sur la bonne transmission de l’histoire à la nouvelle génération à travers ces œuvres. Une réalité qui est en train de s’étouffer au fil du temps, suite à la crise qui frappe l’Est de la République démocratique du Congo.
Concilie Murhandikire, Responsable du Programme d’artisanat au sein de la maison de vente des œuvres sculptées Likembe, signale que la vente des œuvres locales stagne dans la ville de Bukavu suite à l’ignorance de la population qui ne connait pas les valeurs des œuvres d’art locales en préférant embellir leurs maisons avec des œuvres d’art importées : « le problème lié à la vente des œuvres d’art sculptées a commencé en cette période où la situation sécuritaire s’est dégradée à l’Est de la RDC. Avant, la population locale n’achetait que des œuvres d’art arborant l’image de Jésus et celle de Marie. D’autres œuvres étaient souvent sollicitées par les touristes, pour immortaliser leur passage au Kivu » a-t-elle souligné. Elle regrette de voir que c’est toute une génération qu’on est en train de sacrifier en la privant des œuvres qui tracent toute une histoire tel que les œuvres sculptées des masques Kuba, Bembe, chokwe et autres.
De son côté, Saidi Adolph, artiste sculpteur de la ville de Bukavu, se dit choqué par cette situation « nous ne savons pas continuer à produire des œuvres pourtant il n’y a pas des acheteurs qui vont les prendre. Depuis que la guerre a commencé, notre métier est devenu nul car les touristes n’arrivent plus, nous ne recevons plus des commandes des œuvres à réaliser car majoritairement parmi les œuvres qu’on nous demandait, il y avait des cartes de la RDC, celle de la province du Sud-Kivu, des masques, des girafes à donner comme cadeau lors du mariage, des gorilles et autres ».
Héritier Mbonebuche Innocent, habitant de la ville de Bukavu, regrette pour sa part de la mauvaise compréhension des œuvres sculptées par la population « Dans la ville de Bukavu, les œuvres sculptées sont considérées comme des objets démoniaques et quand on les achète, on est assimilé aux féticheurs».
Ce jeune habitant de la ville de Bukavu pense que tout ceci est lié aux mauvaises idées que l’homme blanc a inculquées dans la tête de l’homme noir, lui faisant croire que toute œuvre fabriquée par le noir est démoniaque, pourtant ce même blanc s’en procure pour aller créer des musées chez lui.
Il est important de sensibiliser la population sur la valeur des œuvres d’art sculptées localement, pour pérenniser les valeurs culturelles congolaises en particulier, et africaines en général.
Sammy BALUME